Goran Katavic, accompagner les nouveaux arrivants au-delà de l’emploi
- Collectif autonome
- il y a 2 jours
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Dans le cadre de notre nouvelle série « Mise en lumière », le Collectif autonome des CJE du Québec met en valeur les parcours, les réalités et l'impact du travail de ses membres auprès des jeunes.
Aujourd’hui, nous mettons en lumière Goran, conseiller en emploi au Carrefour jeunesse-emploi de l’Outaouais, qui s’apprête à prendre sa retraite à la fin du mois de mai après 28 années d’engagement.

Goran Katavic, conseiller en emploi, Carrefour Jeunesse emploi de l’Outaouais (CJEO)
Recommencer une vie au Québec
L’histoire de Goran commence bien avant son arrivée au Québec.
En 1995, il quitte l’ex-Yougoslavie avec sa conjointe et ses deux jeunes enfants, fuyant la guerre. Avant cela, il travaillait déjà dans le domaine social et des ressources humaines. Pendant le conflit, il a également travaillé auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, où il gérait un camp dans des conditions extrêmes.
Le quotidien était marqué par le danger constant : bombardements, tirs, incertitude. Quitter n’était pas une décision simple, mais une nécessité.
Quand il raconte son départ, un détail le surprend encore :
« Je me souviens, on avait environ 350 dollars dans nos poches. »
À son arrivée au Québec, tout est à reconstruire. Il ne parle ni le français ni l’anglais. Il s’engage alors dans un parcours de francisation, multiplie les stages et le bénévolat, apprivoise peu à peu une nouvelle société.
C’est à ce moment qu’il découvre le Carrefour jeunesse-emploi de l’Outaouais comme participant au programme Passeport Travail.
Passeport TravailMis en place par le Carrefour jeunesse-emploi de l’Outaouais il y a plus de 30 ans, ce programme accompagne des personnes immigrantes, des nouveaux arrivants et des réfugiés dans leur intégration sociale, culturelle et professionnelle. Bien avant plusieurs programmes gouvernementaux en immigration, Passeport Travail comptait déjà parmi les premières initiatives à miser sur la compréhension des codes culturels québécois, l’intégration au marché du travail et les échanges avec la société d’accueil. |
Quelque temps plus tard, en 1997, Goran rejoint à son tour l’équipe du CJEO comme conseiller en emploi au sein du même programme.
Avant de quitter son poste, Chantal Bilodeau, première conseillère du programme Passeport Travail au CJEO et ancienne collègue, lui confie la suite du projet avec une phrase qu'il n'a jamais oubliée : « Garde mon bébé, prends-en soin. »
Il le fera pendant près de trois décennies.
Comprendre avant d’accompagner
Pour Goran, accompagner ne commence pas par un CV.
Cela commence par une rencontre.
Au fil des années, il a soutenu des personnes venant de plus de 120 pays. Derrière chaque démarche d’emploi, il voit d’abord une trajectoire de vie, souvent marquée par des ruptures, des déplacements, des espoirs aussi.
Avant de parler d’intégration professionnelle, il prend le temps d’écouter : comprendre le parcours, les craintes, les repères, les raisons qui ont mené à l’immigration.
Son accompagnement se poursuit souvent bien après l’embauche. Il peut inclure des échanges avec les employeurs, un soutien dans l’adaptation au milieu de travail ou encore des médiations pour faciliter la communication entre différentes réalités culturelles.
Car pour lui, l’intégration ne peut pas se faire à sens unique.
« On parle d’adaptation, mais à qui on va s’adapter si on n’a aucun contact avec la société d’accueil ? »
À travers Passeport Travail, il privilégie une approche qui crée des espaces de rencontre entre personnes nouvellement arrivées et Québécois·es en recherche d’emploi. Des espaces où chacun apprend de l’autre.
Une adaptation réciproque, ancrée dans l’échange.
Et toujours cette idée centrale :
« Gardez votre culture d’origine et adaptez-vous là où il faut. »
Une occasion peut changer un parcours

Parmi les nombreuses histoires qui ont marqué son parcours, certaines restent particulièrement marquantes.
Comme celle de Nadia*.
Arrivée du Maghreb, elle souhaite travailler comme éducatrice en garderie. Avant une entrevue organisée par Goran, une inquiétude persiste : « Qu’est-ce que je vais dire s’il me pose une question sur le voile ? »
Goran la rassure.
Lors de la rencontre, la question ne viendra pas. L’employeur voit en elle une personne compétente, engagée. Nadia est embauchée.
Ce premier emploi devient un point de bascule. Elle évolue, devient conseillère pédagogique, puis, quelques années plus tard, ouvre sa propre garderie.
Une trajectoire qui rappelle qu’un accompagnement, une occasion, une porte ouverte peuvent transformer bien plus qu’un parcours professionnel.
*Certains éléments ont été modifiés afin de préserver l’anonymat.
Des partenariats au cœur de l’accompagnement
Goran ne travaillait pas seul.
Au fil des années, il a développé des liens étroits avec de nombreux partenaires : organismes communautaires, ressources en immigration, employeurs de la région.
Il travaillait entre autres avec l’APO (Accueil-Parrainage Outaouais), l’AFIO, Service Québec ainsi que le ministère de l’Immigration dans le cadre de groupes et d’activités d’intégration.
Julien Lalonde, chef d’équipe au CJEO, souligne que les relations développées avec les partenaires sont essentielles dans l’accompagnement offert aux nouveaux arrivants : « Les relations tissées avec nos partenaires sont la clé de la qualité du service que le CJEO offre aux nouveaux arrivants. Ce réseautage est à la base de notre accompagnement. L’équipe s’entraide chaque jour, reste à l’affût des opportunités d’emploi, les partage pour que personne n’en rate une qui correspondrait à son profil et à ses souhaits de carrière. Grâce à ce réseautage, Goran a pu accompagner plusieurs anciens participants lors d’ateliers, de formations et d’événements. Un courriel envoyé, un appel téléphonique pour encourager une personne à consulter une offre, adapter son CV, ajuster sa lettre de motivation, envoyer sa candidature. Et quelques semaines plus tard, apprendre qu’elle a été convoquée en entrevue et qu’elle a obtenu le poste. Ce résultat est le fruit d’une persistance : intervenir auprès d’un jeune et l’aider à cheminer dans son orientation professionnelle et sa compréhension du marché du travail. » |
Ces collaborations permettent d’élargir les possibilités, de mieux répondre aux besoins, de créer des ponts entre les milieux.
Mais pour lui, un acteur reste encore trop peu soutenu dans ce processus : le milieu de travail lui-même.
L’intégration se construit des deux côtés

Une observation revient souvent dans son discours : plusieurs environnements de travail ne sont pas suffisamment préparés à accueillir des personnes nouvellement arrivées.
Manque d’outils, de connaissances, de repères.
Or, selon Goran, l’intégration ne peut pas reposer uniquement sur les personnes immigrantes.
« Nous, on travaille avec les immigrants pour l’adaptation, mais le milieu de travail doit aussi se préparer à accueillir les nouveaux arrivants. »
Il plaide pour davantage de sensibilisation et de formation auprès des employeurs pour construire des milieux réellement inclusifs, capables d’accueillir la diversité des parcours.
Une culture de travail profondément humaine
Après 28 ans au Carrefour jeunesse-emploi de l’Outaouais, Goran parle de son milieu avec chaleur et fierté.
Ce qui le marque le plus : les liens. La stabilité des équipes. Le fait que plusieurs personnes choisissent d’y rester longtemps.
« On aime ce qu’on fait. Et c’est ça la clé. »
Au moment de partir, il partage un conseil simple, mais essentiel : ne pas rester uniquement dans sa communauté d’origine.
Créer des liens, élargir son réseau, aller vers l’autre. Parfois, cela commence par de petits gestes du quotidien : une conversation dans un parc, un échange à un arrêt d’autobus
Des gestes simples, mais porteurs.
Continuer à construire sa place
Alors qu’il s’apprête à tourner une page importante, Goran garde la même conviction qu’à ses débuts : il est possible de construire sa place dans une nouvelle société sans renoncer à ce qui nous compose.
Un équilibre entre adaptation et fidélité à soi.
Un chemin qu’il a lui-même parcouru et qu’il a aidé tant d’autres à emprunter.
Mot de la direction — Josée CousineauGoran et moi avons commencé tous les deux à travailler au CJE de l’Outaouais en 1997. Dès son embauche, il s’est mis au boulot pour intégrer pleinement ses fonctions. Il est pour moi un modèle de résilience et de persévérance. Depuis près de 30 ans que nous partageons notre quotidien et le voilà prêt pour la retraite!! Il laisse derrière lui un héritage précieux, façonné par des années de travail accompli avec cœur et conviction. Au nom de toute l’équipe du Carrefour jeunesse emploi de l’Outaouais, merci pour son immense contribution et pour toute sa contribution à faire vivre NOTRE mission!!! — Josée Cousineau, directrice générale du Carrefour Jeunesse emploi de l’Outaouais |


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